Allocution du ministre prononcée au "Grenelle de la Mer" à Paris
Lors de la cérémonie de remise des travaux du "Grenelle de la Mer" qui s'est déroulée mardi 9 juin à Paris, le ministre des ressources de la mer, Teva Rohfritsch, a prononcé une allocution devant plusieurs centaines de personnes.
Monsieur le Ministre d’Etat, Chers amis de la mer,
IAORANA I TO TATOU FAREIREIRAA! BONJOUR DE TAHITI!
Vous avez eu l’amabilité d’inviter un ministre polynésien aux restitutions du « Grenelle de la mer » et sachez que c’est toute la Polynésie française qui se sent honorée par ma présence à vos côtés à l’occasion de ces grands débats démocratiques dont découlera une politique nationale de la mer.
Avant mon départ, le Président de la Polynésie française Monsieur Oscar Manutahi TEMARU m’a chargé de vous transmettre ses vifs remerciements pour avoir associé le ministre de son gouvernement, chargé des ressources de la mer à cette grande manifestation nationale. Sachez que si la distance et les événements polynésiens ne m’ont pas permis de participer physiquement autant que je l’aurai souhaité aux ateliers de réflexions, nous avons engagé avec beaucoup d’enthousiasme un «grenelle de la mer» baptisé RUAHATU à Tahiti.
En effet, en association avec les services de l’Etat, mon ministère et celui de l’environnement dont la charge revient à Monsieur Georges HANDERSON, animent de nombreux ateliers auxquels participent activement les populations de nos îles. Bien sûr, les problématiques sont quelque peu différentes de celles de métropole pour deux raisons essentielles : une géographie inversée et une répartition des compétences bien distincte entre l’Etat et le Pays.
- Une géographie inversée, car la métropole est l’extrémité terrestre entourée d’eau du vaste continent euro-asiatique, tandis que la Polynésie est une poussière d’îles (3.500 km² de terres émergées pour 118 îles) dispersée sur 4,8 millions de km² d’océan. - Quant aux compétences, elles laissent à l’Etat une zone économique exclusive énorme qui représente près de la moitié de la ZEE contrôlée par l’Etat français (4,8 sur 11 millions de km² français, 8 millions si nous ajoutions l’ensemble des ZEE du Pacifique). Le Pays quant à lui gère la totalité des lagons, soit une surface totale de 13.000 km²… et 2.000 km de récifs. Alors si vous me le permettez, Monsieur le ministre d’Etat, plutôt que de parler de « France d’Outre mer », il me paraîtrait finalement plus adapté de parler de la «France de la Mer» pour désigner nos collectivités présentes sur l’ensemble des océans de la planète.
Bien évidemment, les Polynésiens sont tournés vers la mer dans leurs activités économiques et dans leur vie de tous les jours. Permettez-moi d’aller au delà et d’affirmer que finalement, en Polynésie, nous vivons même plutôt en bord de terre ! La perliculture d’abord qui représente la deuxième source d’exportations du Pays et fait de nous de véritables « jardiniers de la mer ». La pêche hauturière ensuite qui constitue une ressource essentielle pour de nombreuses familles, de même que les pêches côtières et lagonaires plus traditionnelles.
Mais outre ses ressources halieutiques, la Polynésie française est aussi porteuse de projets technologiques innovants liés à l’énergie de la mer. J’aurai le plaisir de les exposer à la Conférence « mer et Outre-mer » devant Monsieur JEGO, le ministre de l’Outre-Mer. Et je souhaite les évoquer devant le ministre de l’écologie du développement et de l’aménagement durables.
Ils sont au nombre de trois : - le premier est un projet pilote d’une centrale électrique produisant 10 MGWATTS, fonctionnant au large selon les différences de température des eaux profondes et des eaux de surface, - la seconde exploite aussi l’eau profonde pour climatiser le nouvel hôpital de Tahiti et une partie de la zone urbaine, - le troisième utilise l’énergie de la houle dont un projet pilote pourrait voir le jour rapidement au large de Papara sur la côte ouest de Tahiti.
C’est dire que nos entrepreneurs ont le goût des défis et qu’ils sont dynamiques. Quand vous saurez que depuis près de 30 ans le quart de l’énergie électrique est fournie par l’énergie hydraulique, vous constatez que nous aspirons à devenir de moins en moins dépendant des hydrocarbures que nous importons encore à grands frais, tant nos fournisseurs sont éloignés.
Les derniers soubresauts pétroliers ont fait effet de tsunami dans nos îles en proie aujourd’hui, avec de réels effets de loupe, aux conséquences économiques et financières de la crise internationale. Il est de notre devoir d’hommes politiques de nous mobiliser pour refuser le diktat du tout thermique.
Les projets ne manquent pas en Polynésie française.
Ce sont ces grands espaces qui ont valu à la Polynésie française d’être pendant 30 ans, avec le Centre d’Expérimentation du Pacifique, un grand laboratoire nucléaire qui vaut à la France sa place parmi les grandes nations respectées dans toutes les instances internationales, tant sur le plan de la dissuasion militaire que sur celui des applications nucléaires civiles marquées par les nombreux succès commerciaux et industriels français au quatre coins du monde.
MORUROA est désormais silencieux.
Mais nos populations ont gardé le goût des défis technologiques… Car cher ami de la Mer et de l’outremer, je suis en effet persuadé que la conquête des énergies marines doit être estimée et soutenue en ce début du 21ème siècle à la hauteur des espoirs qu’on pu faire naître la conquête spatiale ou la maîtrise de l’énergie nucléaire au siècle dernier. En Guyane avec le centre spatial de Kourou, à Moruroa et Fangataufa en Polynésie française, les outremers français ont répondu à chaque fois présents aux appels de la nation pour relever les défis technologiques.
Le défi d’une énergie renouvelable, propre et économique à l’usage constitue aujourd’hui une impérieuse nécessité pour notre planète appauvrie et asphyxiée. En Polynésie plus qu’ailleurs, c’est vers la mer que nous devons nous tourner en retroussant nos manches. En effet, si ces projets pilotes peuvent trouver l’appui qu’ils méritent auprès des plus hautes autorités de l’Etat, je suis sûr que les sociétés industrielles françaises qui s’y seront associées trouveront dans le Pacifique et dans le monde entier des débouchés commerciaux d’envergure.
Plutôt David que Goliath, la France a souvent su tirer force de sa créativité et de son audace pour relever les défis et tirer l’humanité vers ce mieux vivre ensemble que nous cherchons tous. Notre choix en Polynésie française est fait. La conquête des énergies des mers est une impérieuse nécessité !
Ce choix stratégique sera vain s’il reste isolé ou éparpillé, s’il n’est pas porté pour notre nation, par l’Etat et les forces industrielles françaises au bénéfice de nos populations dans un environnement préservé.
Voilà, Monsieur le Ministre, très rapidement brossé un tableau des efforts conduits par notre gouvernement pour un développement durable et raisonné de nos ressources propres, concept auquel je vous sais fort attaché.
Monsieur Patrick Galenon a également participé très activement aux ateliers du Grenelle de la Mer. Il a pu ainsi porter les sujets polynésiens lors de débats fournis qui ont eu lieu. Je sais qu’il a parlé notamment de la création d’une aire maritime protégée aux Iles Marquises mais aussi de l’énergie thermique des mers que j’ai évoquée précédemment.
Des différents ateliers qui se dérouleront à Tahiti, vous serez naturellement informé des idées et réflexions qui y auront été évoquées.
Sachez aussi que notre gouvernement tirera les enseignements de ces débats pour définir une politique polynésienne de la mer qui je l’espère, saura trouver sa juste place dans une politique française ambitieuse et déterminée à préserver notre planète des assauts de ses encombrants occupants que nous sommes, pourtant tous de passage sur terre comme sur mer.