Allocution prononcée en clôture du Grenelle de la mer - Ruahatu
Le ministre de la mer, Teva Rohfritsch, a assisté mercredi 17 juin à la Présidence, à la cérémonie de restitution du Grenelle de la mer - Ruahatu au cours de laquelle il a prononcé une allocution en présence de nombreuses personnalités de l'Etat et du Pays.
-Monsieur le Président de la Polynésie française -Monsieur le Haut-Commissaire de la République en PF -Monsieur le ministre de l’Environnement -Chers collègues du gouvernement -Mesdames et messieurs, - Chers amis de la mer et nous pourrions plus que jamais dire, chers océaniens, nous autres, amis de l’océan,
Ia Orana
Permettez-moi, tout d’abord, de vous dire à quel point, je suis heureux de me retrouver parmi vous, aujourd’hui, pour clôturer cette cérémonie de restitution du « Grenelle de la Mer – Ruahatu ».
En effet, après deux jours et demi de discussion et d’échanges entre tous les participants, voici venu le temps de mettre en forme toutes les contributions d’ici et d’ailleurs pour que, demain, elles puissent guider efficacement l’action des pouvoirs publics pour une gestion plus rationnelle et durable de cet espace commun qu’est la mer.
Mais avant toute chose, je tenais à remercier toutes celles et ceux qui ont permis la réussite de ces rencontres, au premier rang desquels, le haut-commissaire, les services de l’Etat et particulièrement M. PERSON et le ministère de l’environnement conduit par mon collègue, Georges HANDERSON, assisté du cabinet et des services de mon ministère, démontrant ainsi toute l’efficacité d’une collaboration Etat-Pays.
A cette organisation bien huilée, je souhaite également associer les femmes et les hommes issus de divers horizons professionnels (syndicalistes, chefs d’entreprises, membres d’associations mais aussi élus, agents de l’administration) qui, par leur imagination et leur envie de faire évoluer le monde dans lequel nous vivons, ont contribué à la richesse des débats. Doit désormais venir le temps de l’action. Mais, il est bon de réfléchir avant d’agir, afin de ne pas gaspiller un franc d’argent public.
Vous le savez, l’initiative de ce « Grenelle de la mer » revient au ministre, M. BORLOO, qui entend faire en sorte que l’Etat définisse une stratégie nationale pour la mer et le littoral. Il n’est pas besoin de rappeler ici l’importance de la Polynésie française dont la surface maritime, avec presque 5 millions de km2, représente près de la moitié de la zone économique exclusive française. C’est dire le rôle majeur et structurant qui nous incombe aujourd’hui. Si nous ajoutions les surfaces maritimes de l’ensemble des collectivités françaises du Pacifique, nous comptabiliserions 8 millions de km2 sur 11. Ceci me permet de suggérer d’emblée la création d’un conseil du Pacifique rassemblant nos 3 collectivités autour des problématiques de la mer.
Parce que la mer est notre environnement naturel, nous nous sommes associés à cette réflexion de dimension nationale en la rebaptisant « Ruahatu » et en privilégiant pour le compte du Pays, les pistes de réflexion susceptibles de traduction en termes de politique de développement durable par notre gouvernement, trouvant ici une expression concrète de l’autonomie dans le cadre d’une politique nationale.
Chers amis de la mer, vous pouvez compter sur notre engagement sans faille pour que vos efforts ne soient pas vains. A plus forte raison dans les domaines de compétences territoriales où le gouvernement placé sous l’autorité de M. Oscar TEMARU aura toute latitude de prendre les dispositions réglementaires qui s’imposent.
Ainsi, de vos contributions aux ateliers, j’ai repéré avec satisfaction trois axes qui recoupent mes actuelles préoccupations :
-Fédérer les centres de recherche ; -Avoir un centre unique de formation aux métiers de la mer ; -Valoriser et structurer les métiers de la mer ;
Sur le premier point, avec la construction d’un Centre technique aquacole à Vairao qui verra le jour en 2011, j’envisage de créer un « Centre de recherche de la mer » où travailleront avec des moyens modernes l’ensemble des scientifiques des services pêche et perliculture. Ainsi, avec les chercheurs de l’IFREMER comme voisins immédiats, un véritable pôle intellectuel sera créé et je ne doute pas que la mutualisation des moyens et la concentration de matière grise seront le gage de réussites scientifiques importantes. Plutôt que de bons voisins, trouvons là l’opportunité d’une nouvelle vie commune, IFREMER et Pays, dans le cadre d’une grande ambition pour la mer.
Les deux points suivants recoupent exactement mon projet d’un « Institut de la mer » qui regrouperait toutes les formations académiques (jusqu’à Bac +2) ainsi que les formations professionnelles initiales et continues. Je me réjouis que ces idées de bon sens rejoignent la volonté populaire. Pourquoi ne pas aller plus loin et proposer aussi à l’Etat de créer une véritable Université de la mer en Polynésie française ? Je sais Messieurs JEGO et BORLOO déjà sensibilisés sur les potentiels d’excellence en Polynésie française.
Ces projets sont de nature à rehausser et à diversifier la réputation de la Polynésie dont la qualité des recherches scientifiques qui y sont menées, confère déjà une image remarquable auprès des décideurs parisiens et je souhaite ici remercier et féliciter les chercheurs pour l’ensemble des travaux menés notamment sur la mer et ses organismes vivants.
Mais la mer a d’autres richesses que quelques pionniers polynésiens entendent convertir en projets pilotes. Aussi, j’ai eu l’honneur et le privilège d’exposer, la semaine dernière, à l’invitation de MM. Jean-Louis BORLOO, ministre d’Etat de l’écologie, du développement et de l’aménagement durable, et Yves JEGO, secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, quelques-unes des prouesses technologiques applicables pour une exploitation durable de notre Grand océan. Je tiens aussi à saluer M. GALENON qui participait également aux Grenelle de la mer à Paris.
Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il importe en effet que tous ensemble nous relevions le défi de produire des énergies à la fois propres et économiques car on ne peut plus continuer à ignorer l’ère de l’après-pétrole qui avance à grands pas. Sous peine de devoir supporter, pendant encore plusieurs décennies, les variations importantes des cours du baril de pétrole. Il est donc de notre responsabilité d’anticiper les choses et de fonder une vraie alternative au pétrole qui traverse tout le Pacifique pour finir en fûts toxiques dans toutes nos îles.
Fort heureusement, des solutions existent. De l’exploitation des différences de températures entre les eaux profondes et celles de surface, à la production d’électricité à partir de la houle, les idées ne manquent pas. A nous maintenant de les convertir en projets économiquement viables pour susciter l’engouement des investisseurs et à terme, créer de nouvelles niches d’emplois pour nos jeunes.
Dans un domaine qui m’est plus familier en tant que ministre en charge de la pêche, de la perliculture et de l’aquaculture, nous devons inventer, ou peut-être aussi ( ?) retrouver dans nos propres racines, l’art et la manière d’exploiter durablement nos ressources, qu’elles proviennent des lagons ou du grand large. L’écolonomie, c’est possible et tout particulièrement chez nous.
D’abord, parce que ces deux secteurs d’activité, après le tourisme, génèrent d’abondantes rentrées financières pour le Pays. Ensuite, parce qu’ils font vivre de nombreuses familles, à Tahiti comme dans les archipels éloignés. Ce qui leur confère une dimension sociale de la plus haute importance tout en restant indissociable de cet environnement qui nous est si cher.
Dans ce contexte, il ne faut pas s’étonner que certaines règles en vigueur avant même l’arrivée des Européens, se perpétuent de nos jours dans nos îles. Vous devinez qu’il s’agit du « Rahui » dont la finalité consiste à imposer une restriction de pêche sur une portion définie du lagon afin de reconstituer la ressource en vue d’un événement prévu longtemps à l’avance. La sagesse de nos ancêtres ne tenait rien des livres mais tout de leur parfaite symbiose avec cette mer nourricière. Trouvons dans ce rapport à la nature et à la mer un élément de différenciation commerciale avec une perle rare née de lagons purs et constituant le seul gemme polynésien et français… mais aussi avec une pêche éco-responsable interdisant ces techniques dévastatrices utilisées en Méditerranée. Pourquoi pas un éco label pour le thon polynésien.
Tout ça pour dire que ce « Grenelle de la mer » est avant tout une affaire de longue haleine, de persuasion et d’obstination où chacun peut et doit apporter sa pierre à l’édifice. Pas seulement une fois de temps en temps pour se donner bonne conscience mais au quotidien ! Respectons notre patrimoine marin, montrons-nous raisonnables et responsables dans l’usage que nous en faisons avec une seule et unique pensée : transmettre aux générations futures ce que nous avons nous même reçu de nos parents.
Monsieur le Haut-Commissaire, je disais à M. BORLOO qu’il ne me semble plus approprié de parler de France de l’Outre-mer mais bien de la France de la mer pour désigner nos collectivités d’exception dans cette grande République française.
La mer est notre source d’avenir, à nous, occupants pollueurs. C’est vers la mer et par la mer que nous réussirons le challenge du développement, que nous pourrons démontrer qu’après le nucléaire, la Polynésie relèvera les prochains défis technologiques comme ceux de l’énergie propre et renouvelable, issue des mers, du soleil, des vents et de la terre. Une Polynésie à la pointe du savoir-faire français. Une Polynésie fière de son patrimoine naturel et humain qui, en réalité, ne font qu’un : ce peuple de la mer qui vit en bord de terre. Faaito ‘ito ana’e !